À l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, commémorée ce dimanche 23 août, le projet de musée de l’esclavage à Bwa Kayiman revient au premier plan. Les 20 et 21 août, le Comité national Route de l’Esclave (CNRE) a réuni des chercheurs et des acteurs du patrimoine pour réfléchir aux prochaines étapes de sa réalisation.
Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, à Saint-Domingue, des femmes et des hommes réduits en esclavage se soulevèrent dans le cadre d’une insurrection qui allait ouvrir le processus révolutionnaire ayant conduit à l’indépendance d’Haïti en 1804. Cette date est commémorée chaque année dans le cadre de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, une initiative de l’UNESCO lancée en 1998.
Un projet vieux d’une vingtaine d’années
L’idée de créer un musée consacré à l’esclavage en Haïti remonte à une vingtaine d’années. Sa concrétisation a toutefois été ralentie par les différentes crises traversées par le pays.
Lors du séminaire organisé à Bwa Kayiman, le sociologue et président du CNRE, Laënnec Hurbon, a estimé que l’absence d’un tel établissement traduisait un déficit de mémoire sur l’esclavage. Selon lui, le récit national met souvent l’accent sur la Révolution haïtienne et la lutte contre l’esclavage sans permettre de comprendre suffisamment ce qu’a représenté le système esclavagiste pendant plusieurs siècles.
La rencontre a réuni des spécialistes de l’histoire, du patrimoine, de la muséologie et de l’art. Les échanges ont notamment porté sur les enjeux liés à la conception d’un musée de l’esclavage en Haïti.
Des premières étapes envisagées à Bwa Kayiman
À l’issue du séminaire, le CNRE a retenu plusieurs pistes pour faire progresser le projet. Le comité envisage notamment l’aménagement ou la construction d’une « maison-chantier » sur le site de Bwa Kayiman, dénommée « Kay Boukman ».
Cet espace doit servir à la sensibilisation et à la formation des habitants de la zone aux métiers du musée. Les premières interventions envisagées comprennent notamment un bloc sanitaire, un système d’alimentation électrique solaire et une clôture.
Le CNRE prévoit également la création d’un comité scientifique international chargé notamment de contribuer à l’authentification des objets susceptibles d’intégrer les collections. Des archéologues, anthropologues et spécialistes de l’histoire de l’art doivent être associés à cette démarche.
Une étude préparatoire doit par ailleurs permettre de mieux connaître les populations vivant sur le site, notamment à travers l’établissement de leur profil sociodémographique.
L’État et la diaspora appelés à soutenir le projet
Le CNRE souhaite que les autorités centrales s’approprient le dossier et participent à la mise en place d’un collectif public consacré à la culture, aux arts et aux musées. Le comité entend également s’ouvrir à un consortium privé pour contribuer à certaines démarches nécessaires à la concrétisation du projet.
La diaspora haïtienne est elle aussi appelée à participer à l’initiative, notamment par la mobilisation de ressources financières et la recherche de collections susceptibles d’enrichir le futur musée.
À partir de l’exercice fiscal 2026-2027, le CNRE prévoit par ailleurs de lancer un appel international autour de la maquette du musée.
Un enjeu de mémoire et de transmission
Pour les promoteurs du projet, le musée pourrait jouer un rôle dans l’éducation, la recherche et la transmission de l’histoire de l’esclavage et de la résistance. Il est également envisagé comme un espace consacré à l’héritage et à la liberté.
La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition vise précisément à inscrire cette histoire dans la mémoire collective et à favoriser une réflexion sur les causes, les modalités et les conséquences de la traite.
En Haïti, la commémoration du 23 août intervient ainsi cette année alors que le projet de musée de Bwa Kayiman cherche à franchir une nouvelle étape. Sa réalisation reste encore à concrétiser, mais les travaux engagés par le CNRE témoignent d’une volonté de renforcer la documentation et la transmission de la mémoire de l’esclavage.
Au-delà du rappel de l’insurrection de 1791, la question posée est aussi celle de la manière dont Haïti entend préserver et transmettre cette partie de son histoire.
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