Dans un contexte de crise sécuritaire aiguë, l’Université d’État d’Haïti (UEH), le Ministère de la Défense et les Forces armées d’Haïti (FAd’H) ont signé, le vendredi 21 août 2026, un accord-cadre de partenariat destiné à renforcer la formation, la recherche et les capacités institutionnelles dans les domaines de la défense et de la sécurité nationale. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un forum national consacré à l’avenir de l’institution militaire et placé sous la question : « Quelle armée pour Haïti ? »
L’accord prévoit le développement de formations continues et spécialisées ainsi que des programmes diplômants et de recherche scientifique conjointe dans plusieurs domaines liés à la défense et à la sécurité. Le droit, la planification stratégique, la gestion des risques et des catastrophes, la santé et les nouvelles technologies figurent notamment parmi les secteurs concernés.
Selon le recteur de l’UEH, Dieuseul Prédélus, l’accord prévoit également une collaboration scientifique sur des questions stratégiques liées à la sécurité et à la défense nationale.
La Faculté de Droit et des Sciences économiques (FDSE) de l’UEH doit jouer un rôle central dans cette coopération. Le recteur l’a présentée comme le partenaire académique principal du Ministère de la Défense dans le cadre de l’accord.
Pour Dieuseul Prédélus, la contribution de l’Université ne doit toutefois pas se limiter à la transmission de connaissances. L’institution doit également contribuer à développer, au sein des Forces armées, une culture fondée sur la rigueur scientifique, le respect du droit, l’éthique dans la gestion publique et la redevabilité envers la Nation.
« Une armée républicaine, comme toute institution de l’État de droit, doit être une armée pensante, une armée qui sait, qui comprend et qui agit avec discernement », a déclaré le recteur.
Une armée professionnelle et à l’écart de la politique
Le ministre de la Défense, Mario Andrésol, a inscrit cet accord dans une réflexion plus large sur la refondation de l’institution militaire. Le forum, organisé sur trois jours, doit notamment permettre de définir les orientations de l’armée haïtienne pour les prochaines décennies.
Selon le ministre, la question ne porte plus sur l’existence des Forces armées d’Haïti, consacrée par la Constitution de 1987, mais sur leur doctrine, leurs missions, leur subordination à l’autorité civile et leur ancrage républicain.
Mario Andrésol a notamment insisté sur la nécessité de maintenir l’institution militaire à l’écart des luttes politiques. « Lame pa nan politik, Lame pa fè politik ! », a-t-il lancé, affirmant que l’armée n’a pas vocation à mettre ou à retirer un président du pouvoir ni à défendre des intérêts politiques particuliers.
Le ministre a également rappelé la complémentarité entre les Forces armées et la Police nationale d’Haïti, en soulignant que chacune doit exercer des missions distinctes. Il a notamment présenté l’armée comme chargée de la défense du pays et appelée à contribuer à la sécurité lorsque les autorités civiles le demandent.
Il a, par ailleurs, appelé les militaires à faire preuve de discipline, de probité et de respect des droits humains. Pour lui, la refondation de l’armée implique de tirer les leçons des dérives qui ont marqué son histoire afin de construire une institution au service de la République et non un pouvoir au-dessus d’elle.
Vers une nouvelle doctrine de défense
Le forum doit également déboucher sur des orientations susceptibles de structurer la politique de défense du pays. Mario Andrésol a annoncé que les conclusions des assises seront intégrées à la nouvelle Doctrine des Forces armées d’Haïti ainsi qu’au Livre blanc de la Défense nationale.
Ce document guidera le futur Plan stratégique de la Défense. Le ministre a indiqué qu’il sera soumis au Conseil des ministres ou au Parlement, selon le cas, et qu’il sera rendu public.
Cette perspective élargit la portée du partenariat, qui ne se limite pas à la formation des militaires. L’Université est appelée à contribuer à la production de connaissances et à l’analyse nécessaires à la prise de décision stratégique, alors que le Ministère de la Défense entend utiliser les conclusions du forum pour structurer les futures orientations de l’institution militaire.
Le ministre estime également que l’accès à la formation universitaire doit contribuer à faire de la carrière militaire une « voie d’excellence » pour les jeunes qui choisiront de rejoindre les Forces armées.
Une refondation pensée au-delà des moyens militaires
Le commandant en chef des FAd’H, le lieutenant-général Derby Guerrier, a lui aussi présenté le partenariat avec l’UEH comme un instrument de professionnalisation. Il a plaidé pour une armée moderne, disciplinée et attachée à la Constitution, aux droits humains et à l’impartialité politique.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a, pour sa part, placé la reconstruction des Forces armées dans une vision plus large de restauration de l’autorité de l’État et de consolidation de la souveraineté nationale. Il a défendu une armée moderne et professionnelle, complémentaire de la PNH, notamment pour contribuer à la protection du territoire.
À travers cet accord et les travaux du forum, les autorités et l’UEH présentent ainsi la modernisation de la défense comme un processus qui ne repose pas uniquement sur les équipements ou les capacités opérationnelles. La formation des cadres, la recherche scientifique, la doctrine, l’éthique, le respect du droit et la bonne gouvernance sont également présentés comme des éléments nécessaires à la construction d’une institution militaire professionnelle et républicaine.
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