À six jours de l’échéance du mandat de la Force de suppression des gangs (GSF), le président dominicain Luis Abinader a demandé mercredi à l’ONU d’accélérer son déploiement en Haïti, de renforcer l’application de l’embargo sur les armes et de soutenir davantage les institutions haïtiennes. Une position qu’il défend depuis plusieurs années dans les enceintes internationales.
Devant l’Assemblée générale des Nations unies, Luis Abinader a de nouveau placé la crise haïtienne au cœur de son intervention. Le président dominicain a appelé la communauté internationale à passer des décisions adoptées à leur mise en œuvre, alors que le mandat de la Force de suppression des gangs doit expirer le 30 septembre.
Selon Abinader, la force dispose actuellement d’environ un cinquième des effectifs autorisés. Il demande donc que son déploiement soit complété, que les moyens nécessaires soient mobilisés et que l’embargo sur les armes à destination d’Haïti soit effectivement appliqué. Il a également plaidé pour des sanctions contre les personnes qui financent les groupes armés et pour un renforcement de la Police nationale d’Haïti, des Forces armées d’Haïti et du système judiciaire.
Le chef de l’État dominicain a notamment évoqué l’attaque menée à Kenscoff le mois dernier, qu’il a présentée comme ayant fait au moins 47 morts, dont cinq enfants. Il a également avancé le chiffre d’environ 1,5 million de personnes déplacées en Haïti, dont la moitié seraient des enfants. Ces données ont été citées par Abinader dans son discours.
Une position défendue depuis plusieurs années
Le discours du 23 septembre ne constitue pas une première prise de position d’Abinader sur la crise haïtienne. Dès septembre 2023, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, il appelait déjà le Conseil de sécurité à autoriser rapidement une mission internationale soutenue par les Nations unies et à appuyer la création d’une force multinationale destinée à soutenir la Police nationale d’Haïti.
Quelques semaines plus tard, le Conseil de sécurité autorisait la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), pour une période initiale de douze mois, afin notamment de soutenir la PNH dans la lutte contre les gangs.
En février 2024, Abinader s’exprimait encore au Conseil de sécurité sur la situation haïtienne. Puis, en septembre de la même année, il déclarait devant l’Assemblée générale que la stabilisation d’Haïti constituait « une nécessité stratégique » pour la sécurité de la République dominicaine et de la région.
En septembre 2025, il demandait à nouveau une action internationale urgente et le renforcement de la mission internationale. Quelques jours plus tard, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 2793, créant la Force de suppression des gangs, appelée à succéder à la MMAS. Le président dominicain avait alors salué cette décision et annoncé que son gouvernement travaillerait à une transition rapide vers la nouvelle force.
Un an plus tard, son message porte donc moins sur la nécessité d’une nouvelle décision que sur l’exécution de celle déjà adoptée.
Haïti mène aussi sa mobilisation diplomatique
La démarche dominicaine intervient alors que les autorités haïtiennes multiplient elles aussi les contacts à New York autour de la sécurité.
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, présent à la 81e Assemblée générale de l’ONU avec la ministre des Affaires étrangères Raina Forbin et le ministre de la Défense Mario Andresol, a notamment rencontré le Premier ministre bangladais Tarique Rahman. Le Bangladesh a confirmé le déploiement de 1 600 policiers et ingénieurs en Haïti entre la mi-octobre et la fin novembre. L’Allemagne et les Émirats arabes unis doivent contribuer aux efforts logistiques liés à leur acheminement.
Cette mobilisation vise précisément à répondre à l’un des problèmes soulevés par Abinader : celui des moyens nécessaires au fonctionnement effectif de la force internationale.
La nouvelle architecture internationale prévoit également une mission de soutien des Nations unies, l’UNSOH, chargée notamment d’apporter un appui logistique, technique, administratif et opérationnel à la Force de suppression des gangs. Elle doit également pouvoir soutenir la PNH et les FAd’H lors d’opérations conjointes avec la force internationale.
Une échéance au 30 septembre
Dans son intervention, Abinader a également réaffirmé que la République dominicaine entend continuer à protéger sa frontière et à appliquer ses lois migratoires. Il a toutefois insisté sur le fait qu’il n’existe pas, selon lui, de « solution dominicaine » à la crise haïtienne.
Le calendrier donne désormais une dimension concrète à son appel. Le mandat de la Force de suppression des gangs arrive à échéance le 30 septembre, tandis que le déploiement de nouveaux contingents annoncés par Haïti est prévu à partir de la mi-octobre.
Le débat international porte donc désormais sur deux questions liées : le renouvellement du mandat de la force et sa capacité à disposer effectivement des effectifs, des équipements et du soutien logistique nécessaires à son fonctionnement.
Pour Haïti, l’enjeu dépasse ainsi le renouvellement d’une résolution. Il s’agit de savoir si les engagements pris depuis 2023 peuvent enfin se traduire par une présence internationale à l’échelle des besoins sécuritaires du pays.
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