Retrait des Kényans, arrivée des Tchadiens : une transition sécuritaire sous tension

Une cinquantaine de policiers tchadiens sont arrivés à Port-au-Prince ce mercredi 1er avril, alors même que les forces kényanes amorcent un retrait progressif du territoire. Si ce redéploiement s’inscrit dans une logique de relève, il intervient dans un contexte de fragilisation croissante du dispositif sécuritaire. Selon le directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), le départ des contingents kényans se fait déjà sentir sur le terrain, avec un affaiblissement des positions dans plusieurs communes de la zone métropolitaine.

Ce premier contingent tchadien, arrivé à l’aéroport international Toussaint Louverture, constitue un « pré-déploiement », selon une source gouvernementale citée par Le Nouvelliste. Sur les 1 500 policiers attendus, environ 350 pourraient être déployés dans les prochains jours.

Dans le même temps, la Force de répression des gangs (FRG) a annoncé l’arrivée de son représentant spécial, Jack Christofides, accompagné d’une équipe du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (BANUH). L’ambassade des États-Unis affirme que ces renforts doivent soutenir la lutte contre les groupes armés.

Un retrait déjà visible sur le terrain

En parallèle, les quelque 500 policiers kényans engagés dans la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) entament leur retrait. Pour le directeur général de la PNH, la police nationale est en train de perdre sa « deuxième ligne de défense ».

Cette absence se fait déjà sentir à Croix-des-Bouquets, à Delmas et au centre-ville. À Kenscoff, le maire Massillon Jean évoque également un retrait des forces kényanes, faisant craindre une reprise des attaques de gangs.

Plus largement, plusieurs observateurs jugent les résultats de la MMAS limités, en raison d’effectifs insuffisants et de contraintes logistiques et financières.

Un calendrier incertain

Le calendrier précis du déploiement de la FRG reste flou. « Les effectifs évoluent d’heure en heure », souligne Le Nouvelliste. À ce stade, seule certitude : le retrait kényan est en cours.

Le gouvernement évoque à terme « plusieurs milliers » d’hommes, tandis que certaines estimations avancent un objectif de 5 500 militaires et policiers, dont 1 500 Tchadiens.

Les forces haïtiennes en première ligne

Face à ce vide, les autorités misent sur un renforcement des forces nationales. La PNH, jugée « mieux aguerrie », doit assurer l’essentiel des opérations, appuyée par les Forces armées d’Haïti (FAd’H), chargées de consolider les positions.

Environ 400 militaires supplémentaires pourraient être déployés d’ici fin avril. Par ailleurs, 1 200 recrues sont attendues en formation pour renforcer les effectifs.

Des violences qui persistent

Cette transition intervient dans un contexte de violences continues. En début de semaine, des attaques attribuées au gang « Gran Grif » à Petite-Rivière de l’Artibonite ont fait plus de 70 morts, selon l’ONU et des organisations de défense des droits humains.

Dans ce climat, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a réuni le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) afin d’« intensifier la riposte » et de « reprendre le contrôle du territoire ».

Laurent Eugène
Infolive Haïti
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