Après plus de trente ans de succès, le groupe RAM fait face à sa crise la plus profonde. Ce qui n’était au départ qu’une annonce de dissolution est devenu un conflit public mêlant santé, famille et lutte pour le contrôle d’un patrimoine national.
Tout commence en 1990 quand Richard Auguste Morse fonde RAM. Il est rejoint par Lunise Exumé, alors jeune danseuse de 19 ans formée au folklore. Elle gravit tous les échelons : danseuse, puis choriste, elle devient la voix principale du groupe. Sa performance sur le titre « Fèy » dans les années 90 la transforme en une icône nationale. Pendant plus de 30 ans, le couple a fait de RAM un pilier de la musique racine, mélangeant rythmes traditionnels et messages engagés.
Le 9 novembre 2024, Richard Morse annonce soudainement sur le réseau X que RAM est dissous et n’existe plus. Cependant, trois jours plus tard, Lunise Morse le dément sur Instagram, affirmant que le groupe continuera ses activités car « la musique est plus grande que nous ». À cette même date, le 12 novembre 2024, le média “Haïti 24” révèle que cette séparation serait liée à des tensions sentimentales profondes au sein du couple. Selon cette source, Richard aurait été blessé dans son orgueil par une liaison suspectée entre sa femme et un musicien du groupe.
Depuis cette rupture, le groupe fonctionne de manière séparée. En mai 2025, Richard Morse insiste sur X : « Pa gen RAM san Richard.. Tout Se bluff ». Pourtant, sur le terrain, deux versions du groupe coexistent. D’un côté, Richard performe à l’étranger, comme à Brooklyn le 18 janvier 2026, ou prochainement à la Nouvelle-Orléans. De l’autre, Lunise continue d’occuper la scène en Haïti pour le Carnaval, notamment au Palette Lounge le 1er février et aux Gonaïves le 6 février prochain.
Ce 26 janvier 2026, Richard Morse a publié un nouveau message sur X. Il révèle avoir passé un mois dans le coma à cause d’une grave maladie. Il accuse ouvertement sa famille d’avoir tenté de lui prendre son groupe pendant qu’il était incapable de se défendre. Aujourd’hui rétabli, il annonce avoir remis RAM sur pied avec le soutien de plusieurs musiciens.
Aujourd’hui, le public est perdu face à deux affiches différentes pour un même nom. Pourtant, il est essentiel de rappeler que RAM n’est pas qu’une appellation de fantaisie ; c’est l’acronyme même du nom complet de son fondateur : Richard Auguste Morse. Ce détail souligne l’ampleur du conflit : peut-on vraiment dissocier l’œuvre de l’homme dont elle porte les initiales ? RAM est un patrimoine qui appartient à tous les Haïtiens, mais ce déchirement sur la place publique pose une question urgente : comment sauver l’unité d’un groupe qui a tant donné au pays ? À l’approche du Carnaval, le doute persiste. Il est temps que la lumière soit faite pour protéger cet héritage unique de la musique racine.
Laurent Eugène
Infolive Haïti
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