Le procès de quatre hommes accusés d’avoir participé au complot ayant conduit à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse s’est ouvert cette semaine devant un tribunal fédéral de Miami. Témoignant pour l’accusation, l’ancienne Première dame Martine Moïse a livré aux jurés son récit de la nuit du 7 juillet 2021, lors de laquelle le chef de l’État a été tué dans sa résidence privée de Pèlerin 5, près de Port-au-Prince.
S’exprimant en créole avec l’aide d’un interprète, Martine Moïse a décrit les événements qui ont précédé l’attaque. Selon son témoignage, le couple a été réveillé peu après 1 heure du matin par des tirs nourris entendus à l’extérieur de leur maison. Elle a expliqué avoir ensuite vérifié la sécurité de leurs deux enfants avant de revenir dans la chambre parentale.
L’ancienne Première dame a également indiqué que son mari avait tenté de joindre plusieurs responsables de sa sécurité, notamment Dimitri Hérard, Jean Laguel Civil et Léon Charles, alors en charge du dispositif de protection présidentielle. Selon elle, aucune intervention n’a eu lieu pendant l’attaque.
La présence d’un commando parlant espagnol
Devant le tribunal, Martine Moïse a affirmé avoir entendu les assaillants parler espagnol au moment de l’attaque. Elle a également déclaré avoir entendu certains membres du commando être appelés par les pseudonymes « Pipe » et « Jefe ».
Selon les procureurs fédéraux, l’homme surnommé « Pipe » serait Victor Albeiro Pineda Cardona, un ancien membre des forces spéciales colombiennes. Les autorités américaines affirment que des analyses balistiques relient un fusil de type AR-15 utilisé par des membres du commando colombien à des fragments de balles retrouvés sur les victimes.
Toujours selon le témoignage de Martine Moïse, les assaillants auraient fouillé la chambre à la recherche d’un document dont la nature reste inconnue. Elle a déclaré aux jurés que les hommes armés ont continué leurs recherches avant de tirer sur le président.
Des accusés liés à une société de sécurité basée en Floride
Le procès porte sur quatre accusés présentés par les procureurs comme ayant participé à la planification logistique et financière de l’opération.
Il s’agit de Arcángel Pretel Ortiz, ancien informateur du Federal Bureau of Investigation (FBI), de Antonio Intriago, propriétaire d’une société de sécurité basée en Floride, de Walter Veintemilla, accusé d’avoir contribué au financement de l’opération, ainsi que de James Solages, un Haïtiano-Américain présenté comme un coordonnateur sur le terrain.
Selon l’accusation, ces hommes auraient recruté un groupe d’anciens militaires colombiens dans le cadre d’un plan initial visant à arrêter le président, avant que l’opération ne se transforme en projet d’assassinat.
La défense évoque un complot interne
Les avocats de la défense contestent cette version des faits. Ils affirment que leurs clients pensaient participer à une opération visant à procéder à l’arrestation du président pour des accusations de corruption.
Selon eux, l’assassinat aurait en réalité été orchestré par des acteurs haïtiens, notamment l’ancien fonctionnaire Joseph Félix Badio et certains membres de la Police nationale d’Haïti (PNH). La défense soutient que Jovenel Moïse aurait déjà été tué au moment où les mercenaires colombiens sont entrés dans la résidence.
Une affaire aux ramifications internationales
Au total, onze personnes ont été inculpées aux États-Unis dans cette affaire. Selon les autorités américaines, cinq accusés ont déjà plaidé coupable et ont été condamnés à la prison à vie, tandis qu’une sixième personne a été condamnée à neuf ans de prison pour avoir fourni du matériel aux conspirateurs.
Parallèlement, plusieurs suspects — dont d’anciens militaires colombiens — restent détenus en Haïti dans le cadre d’une enquête distincte.
Le procès en cours à Miami devrait se poursuivre pendant plusieurs semaines. Les jurés doivent notamment examiner des éléments de preuve technique, dont des analyses balistiques et des images captées par un drone ayant survolé la résidence présidentielle la nuit de l’attaque.
Infolive Haïti
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