La Banque Interaméricaine de Développement (BID) et l’incubateur technologique Banj ont officiellement lancé, ce mercredi 11 mars 2026, dans les locaux de la BID, le Programme de création d’opportunités numériques en Haïti par l’IA (ProAI). Cette initiative, qui s’étendra sur une période de trois ans (jusqu’en 2028), vise à structurer l’écosystème de l’intelligence artificielle en Haïti tout en soutenant le développement de l’économie numérique.
Selon les informations présentées lors de l’événement, notamment par Bloody Bordenave, Project Manager à Banj Labs, cette initiative vise à combler plusieurs lacunes structurelles qui limitent actuellement l’adoption et le développement de l’intelligence artificielle dans le pays.
Combler le retard d’Haïti dans l’intelligence artificielle
Alors que l’intelligence artificielle transforme rapidement les économies et les modèles de production à l’échelle mondiale, Haïti fait face à plusieurs défis majeurs dans ce domaine. Parmi les obstacles identifiés figurent notamment l’absence d’une feuille de route nationale sur l’intelligence artificielle, un accès limité aux formations spécialisées, la fragmentation des acteurs du secteur technologique ainsi qu’un faible niveau de sensibilisation du public aux enjeux liés à ces technologies.
Dans ce contexte, le programme ProAI se présente comme une réponse à ces lacunes en proposant la mise en place d’une plateforme nationale combinant formation, recherche, mobilisation de l’écosystème technologique et dialogue politique autour du développement et de l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Former 125 professionnels et structurer un réseau national
Au cours des trois prochaines années, les responsables du programme prévoient de former au moins 125 professionnels aux compétences liées à l’intelligence artificielle. Ces participants proviendront de différents horizons, incluant des développeurs, des étudiants universitaires, des professionnels du secteur privé ainsi que des agents de l’administration publique.
Les formations porteront notamment sur les fondamentaux de l’intelligence artificielle, l’IA générative, les enjeux éthiques liés à l’utilisation de ces technologies et leur intégration dans les organisations publiques et privées. En parallèle, les initiateurs du projet entendent développer un Réseau ProAI destiné à connecter développeurs, institutions publiques, universités et acteurs du secteur privé à travers des ateliers, des hackathons et des activités de mentorat organisés dans plusieurs régions du pays.
Sensibilisation nationale et feuille de route pour l’IA
Le programme prévoit également la mise en œuvre de trois campagnes nationales de sensibilisation destinées à améliorer la compréhension de l’intelligence artificielle et à encourager son utilisation responsable. Ces campagnes seront coordonnées par Banj Media, en collaboration avec des partenaires médiatiques.
Par ailleurs, ProAI doit aboutir à l’élaboration d’une feuille de route nationale sur l’intelligence artificielle, destinée à orienter les futures politiques publiques, les investissements et les cadres de gouvernance dans ce domaine. Selon le calendrier présenté, cette feuille de route devrait être finalisée entre 2027 et 2028, avant la publication d’un rapport final prévu en juin 2028.
Présentation des piliers du programme et panel d’experts
Lors de la cérémonie de lancement, plusieurs experts responsables des différents piliers du programme ont présenté leurs axes de travail. Parmi les intervenants figuraient Castelline Tilus, fondatrice de Akademi et partenaire pour le volet formation, Jean Sauvenel Beaudry, développeur logiciel et coordonnateur du Réseau ProAI, Marc Arold Rosemond, consultant chargé de l’élaboration de la feuille de route nationale, ainsi que Roodjino Cherilus, directeur général de Banj Media et responsable des campagnes d’information.
La rencontre s’est poursuivie avec un panel intitulé « De l’apprentissage à l’impact : l’IA au service des opportunités pour Haïti », modéré par Fabrice Dugas de la Banque Interaméricaine de Développement. Les discussions ont réuni Patrick Attié, cofondateur et directeur de l’École Supérieure d’Infotronique d’Haïti (ESIH), l’économiste et professeur d’université Riphard Serent, ainsi que Marc Alain Boucicault, fondateur de Banj, lui aussi intervenu en ligne.
Ces échanges ont mis en évidence l’urgence d’adapter ces technologies mondiales aux réalités économiques haïtiennes, faisant de ProAI un cadre ambitieux pour transformer ces défis en véritables opportunités.
Laurent Eugène
Infolive Haïti
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