À l’approche du 7 février 2026, l’adoption tardive du décret électoral expose la défaillance structurelle du Conseil présidentiel de transition (CPT). Le calendrier des scrutins, qui place l’essentiel du processus au-delà de l’échéance légale, officialise l’incapacité de la transition à respecter ses promesses, sur fond de crise de souveraineté et d’ingérence diplomatique.
Le 1er décembre 2025, le Conseil présidentiel de transition (CPT) a accompli un geste institutionnel significatif en adoptant le décret électoral, ouvrant la voie à la publication du calendrier par le Conseil Électoral Provisoire (CEP). Cependant, cette formalité, longtemps retardée, s’apparente moins à une victoire démocratique qu’à la reconnaissance publique d’une défaite politique.
Le calendrier électoral place le premier tour des scrutins au 30 août 2026, avec l’installation des élus prévue en 2027. Ces dates sont largement postérieures au terme légal et non prolongeable du mandat du CPT, fixé au 7 février 2026. En l’adoptant, le Conseil officialise donc l’échec de son rôle premier : assurer le retour à l’ordre constitutionnel dans les délais impartis. L’ironie est cinglante : les étapes importantes du processus, y compris la campagne électorale (mars 2026), se dérouleront après l’extinction institutionnelle de l’organe qui les a décrétées.
Cette incapacité à maîtriser le temps politique se double d’une crise de souveraineté sans précédent. La révélation d’un bras de fer entre le conseiller Fritz Alphonse Jean, sanctionné par Washington pour soutien aux gangs, et le gouvernement met en lumière une fragilité institutionnelle exploitée. Les accusations d’ingérence diplomatique, visant à maintenir un Premier Ministre en place, exposent le fait que l’Exécutif haïtien est, de facto, sous tutelle quant à sa composition. Cette faiblesse interne, alimentée par la sous-exécution du budget de guerre et les controverses sur la corruption, est le terreau de l’interventionnisme.
Le CPT aura ainsi échoué sur les deux fronts. D’une part, il n’a pu éradiquer ni l’impunité ni la criminalité, en dépit de l’adoption d’un « budget de guerre » qu’il n’a pas réussi à exécuter, soit une sous-exécution documentée à 67%. Cette incapacité à fournir à la Police Nationale d’Haïti (PNH) les moyens logistiques et opérationnels pour renforcer l’institution rend la sécurité, le « préalable » du CEP, toujours hypothétique. D’autre part, il n’a pu respecter son agenda, réduisant son rôle à la mise en place d’un processus dont il ne verra pas la fin.
Alors que l’OEA appelle le CPT à trouver une « solution consensuelle et dotée d’un mandat clair » pour l’après-février 2026, l’urgence n’est plus de feindre le pouvoir. Elle est de mettre fin de manière digne à cette transition ratée. Le 7 février ne sera pas la date de la victoire démocratique, mais celle de la reconnaissance d’un échec chronologique. Pour une population déjà désabusée, cette dernière manœuvre ne fait que renforcer le sentiment d’une transition inutile, coupée des réalités et dont l’existence ne sert plus qu’à ses propres membres. Le seul chemin qui reste au CPT est d’assurer une relève institutionnelle ordonnée et de ne pas permettre à l’absence de leadership d’ouvrir une nouvelle crise constitutionnelle.
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