Le Commandant en Chef de la Police Nationale d’Haïti (PNH), André Jonas Vladimir Paraison, a présenté le bilan de ses 100 premiers jours à la tête de l’institution, le vendredi 28 novembre 2025, lors d’une conférence de presse. Son mandat avait débuté dans un contexte d’insécurité marqué par trois départements, l’Ouest, l’Artibonite et le Centre, placés en alerte rouge, affectant plus de 71 % de la population. Le Directeur Général a.i. a exposé la stratégie opérationnelle et les réformes structurelles engagées pour répondre à ces défis. Il affirme que les résultats obtenus traduisent l’engagement annoncé lors de son installation, le 8 août dernier, de mener une offensive déterminée contre les groupes armés.
L’analyse des réalisations met en évidence une cohérence notable entre les objectifs sécuritaires fixés et les actions entreprises. Le résultat le plus tangible repose sur la stratégie de reprise progressive du territoire, qui a contribué à réduire l’emprise des gangs sur le Centre-Ville de Port-au-Prince, passée de 32 % à 20,89 %. Cette avancée a permis de libérer des axes stratégiques tels que la déviation de la ruelle Alerte vers la rue des Casernes, mettant fin au paiement forcé imposé aux usagers, ainsi que le circuit Carrefour de l’aéroport–Nazon–Lalue. Le Carrefour de l’Aéroport a également été repris. Ces progrès ont eu un impact symbolique important : ils ont permis au gouvernement de tenir un Conseil des Ministres au Palais National et d’organiser des cérémonies au Champ de Mars, tout en déjouant des attaques visant le Palais National.
Dans l’Artibonite, également classé en zone rouge en début de mandat, le DG a.i. Paraison souligne un renforcement de la présence policière et un ralentissement de la progression des groupes armés. Des activités ont pu reprendre dans des localités comme Désarmes, l’Estère et Pont Sondé. La localité de Bélot, à Kenscoff, a été reconquise puis sécurisée après le déplacement forcé de ses habitants. Sur le plan judiciaire, la DCPJ a traité 79 dossiers et 121 personnes ont été déférées au parquet. Le Directeur Général a.i. a également présenté des armes saisies, dont des fusils d’assaut et un fusil Barrett 50, rappelant que plusieurs individus affiliés à la coalition criminelle Viv Ansanm ont été neutralisés.
Face à la complexité du terrain, notamment en raison de groupes armés recourant à des tactiques de guérilla urbaine, des mesures structurelles ont été initiées. Le haut État-major a été ajusté afin d’injecter du renouveau et de permettre le repos de cadres en surcharge. La Direction des Renseignements Généraux (DRG) a été réorganisée autour de cellules spécialisées, dont une Cellule Anti-Gangs destinée à améliorer l’efficacité opérationnelle. Pour renforcer l’intégrité au sein de l’institution, un système de test polygraphe, assimilé à un vetting, a été institué pour les aspirants policiers et pour les membres de certaines unités spécialisées de la DCPJ. Ce dispositif est complété par un vetting automatique pour tout policier convoqué par l’Inspection Générale (IGPNH) et par la création d’une commission d’évaluation des grades.
L’engagement en faveur du développement institutionnel s’est également traduit par le lancement du Programme P4000 et la révision du curriculum de l’académie afin de mieux préparer les agents aux tactiques de guérilla urbaine et aux opérations en terrain ouvert, un domaine pour lequel la PNH n’avait pas été suffisamment formée auparavant. Le bilan fait état de 886 aspirants en formation à l’École Nationale de Police (ENP). Des appuis internationaux sont venus renforcer ces efforts, avec des dons de véhicules blindés des États-Unis et du Canada. Un partenariat avec l’UNICEF a été établi dans le cadre du programme « Hand Over », axé sur la réinsertion des enfants influencés par les gangs.
Concernant les perspectives, le DG a.i. Paraison a réaffirmé la nécessité d’accroître les effectifs et de doter la police de blindés mieux adaptés aux réalités opérationnelles. Il a également annoncé la reconstruction des commissariats détruits. Pour démontrer que les opérations à Croix-des-Bouquets, bastion du groupe 400 Mawozo, se poursuivent, il a indiqué que les locaux de la Direction Départementale de l’Ouest-2 (DDO2) seront bientôt transférés dans cette commune, marquant une volonté d’affirmation de l’autorité de l’État. Face à la recrudescence des enlèvements, il a assuré que le bureau anti-enlèvement intensifie ses actions afin de contrer les groupes impliqués dans cette activité criminelle.
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